L’énergie pour un nouveau développement, durable…

Actu Saintes : réponse de Pierre Maudoux

Publié par : ToM le : janvier 22, 2008

Voici la réponse de P. Maudoux, postée sur le forum de son site internet. Avec quelques réponses…
Cher Monsieur,
je vous propose une première réponse (peut-être rajouterai-je des choses prochainement), qui pourra permettre de poursuivre le dialogue si vous le souhaitez.

Cher Tom,

Après avoir pris connaissance de votre rapport, permettez que je vous soumette pour Saintes en mouvement quelques réactions :

Tout d’abord, bravo pour votre démarche. Un tel travail pour participer activement et citoyennement au débat public est une initiative qu’il convient de saluer. Mes convictions en termes de gouvernance et de participation citoyenne m’y rendent particulièrement sensible. Désolé de n’avoir pas réagi plus vite, mais cette dernière semaine a été dense de mobilisation. Ce que n’ont pas manqué de souligner les participants de notre forum.

NB : à tout ceux qui n’aiment pas les trop longs messages sur un forum, désolé. Mais ce sujet est un des piliers du programme de Saintes en mouvement et il m’est difficile de ne pas y consacrer toutes ces lignes.

Globalement, les échanges sur le forum soulignent la complexité de traiter de ce sujet. C’est vrai que la culture politique française est très économico-sociale au regard des modèles de développement qui ont été les nôtres ces dernières décennies (et depuis bien avant même !). L’idée n’est pas de jeter la pierre à tel ou tel responsable, ou à telle ou telle génération. Idem pour les pays émergents, comment les indexer de mettre en œuvre un modèle que « nous » avons mondialisé à tour de bras. Il faut vraiment expliciter les vertus d’un modèle plus viable et qui n’est pas pour autant synonyme de paralysie économique ou sociale. Effectivement, il faut souligner aujourd’hui que promouvoir des modèles durables implique l’essor d’une économie nouvelle et implique des conditions d’habitat et de vie plus viables, à la fois économiquement (diminution des charges par exemple), socialement (mixité sociale et mise en place de nouveau quartiers plus vivable en opposition à la politique des grands ensemble) et humainement (qualité de vie, santé, cadre de vie…). Nous connaissons les faiblesses du modèle en fin de cycle et nous pouvons aujourd’hui mettre en place un nouveau modèle qui privilégie le développement local et durable. Quelle raison aurions nous de nous en priver ? L’étiquette écolo est tellement réductrice. En tant qu’étudiant à Science Po, vous pouvez en témoigner. Je ne parierai pas que le développement durable et le développement local y étaient enseignés il y a dix ou quinze ans. Cette évolution traduit quelque chose de fondamental dans les orientations politiques à venir… Mais voilà un débat qui pourrait facilement nous prendre des heures et des journées entières.

Aussi, venons en à vôtre rapport. Tout d’abord, je suis surpris. Vous évoquez toutes les démarches locales mais pas le SCOT… C’est d’autant plus important que, sans être un agenda 21, le SCOT en porte la philosophie et les objectifs .D’ailleurs les élus du Pays ont pris une délibération pour que ce SCOT se fasse dans le cadre d’une Approche Environnementale de l’Urbanisme (AEU), ce qui me semble être une très bonne initiative qu’il convient de saluer.

=> je n’ai pas de réponse à apporter, si ce n’est que j’ai « oublié » (même si cela peut-être difficile à croire) le SCOT. Erreur grossière de ma part, [i]mea culpa[/i]. Cependant, je pense qu’il y a des différences notoires entre le SCOT et un agenda 21, notamment dans l’organisation de la gouvernance (mais peut-être que je m’avance un peu, puisque je n’ai pas travaillé sur le sujet)…

Vous parlez d’un plan de rénovation du bâti et nous affirmons notre volonté de mettre en œuvre une démarche d’urbanisme d’excellence. Dans ce cadre, le site St Louis constituera un écosite pilote pour amorcer cette démarche à l’échelle de la ville et du territoire. Il s’agit bien d’exhorter à de nouvelles formes de développement urbain qui intègrent les questions d’intégration environnementale et de gestion des énergies.

=> le site St Louis est effectivement intéressant. Mais je pense que le travail « pilote » doit également porter sur les rénovations liées au PRU, qui touchent une population plus large et moins favorisée. Le travail qui a été initié semble intéressant au plan social (voir sociologique), et porte des valeurs « durables ». Il ne faudrait pas grand chose pour en faire un exemple réel : des bâtiments qui respectent des normes élevées (ou qui nous paraissent comme telles à l’heure actuelle), notamment au plan énergétique –voir la suite de la réponse sur les normes-.

Vous parlez d’un plan de promotion des énergies renouvelables et nous affichons dans notre programme la même promotion des mêmes énergies avec la mise en œuvre de bilans carbones pour travailler à l’efficacité énergétique des équipements locaux (incluant les écoles que vousn’oubliez pas de mentionner). A partir de là un plan énergie climat territorial sera tout à fait envisageable. Bien entendus une telle démarche requiert nécessairement la mise en place de compétences et de moyens humains adaptés. Je vous livre cet extrait de notre projet :
« 1 – exhorter à la maîtrise énergétique
· mettre en place des bilans carbone dans les administrations et inciter leur déploiement en entreprises et chez des particuliers pour réduire les consommations d’énergie fossiles et les émissions de gaz à effet de serre ;
· promouvoir les énergies renouvelables : impulser des investissements en équipements adaptés : cellules photovoltaïques, panneaux solaires, pompes à chaleurs, etc.….
· reconsidérer le développement de l’urbanisme et l’architecture des nouvelles constructions pour intégrer des critères d’excellence environnementale qui permettront de contrôler les impacts sur l’environnement et diminuer les charges à supporter par les habitants (cf. urbanisme). »

Votre proposition de prêt à taux 0 est très intéressante… Je souhaite que nous ayons l’occasion d’en discuter « opérationnellement » prochainement. Tout de même, vos propositions vont jusqu’à définir les profils à recruter (presque les fiches de postes !). Laissez encore un peu de travail pour la DRH de la mairie !

=> concernant les bilans carbone, très bien. Mais peut-être savez vous que les consultants pour faire des bilans carbone sont débordés, se font payer assez cher, et que cela ne devrait pas s’arranger puisque l’obligation de bilans carbone pour certains acteurs sera bientôt inscrite dans la loi (et en particulier les personnes publiques morales de plus de 50 personnes physiques… ce qui ferait que ceci sera probablement [i]obligatoire [/i]pour la mairie de saintes).
C’est bien pour cela que j’ai explicité les moyens humains nécessaires pour mener une politique offensive : une formation pour faire des bilans carbone coûte 3000€ (ADEME). C’est nettement plus rentable de faire former des employés que de faire intervenir des consultants extérieurs au coup par coup.
Quant à la composition globale de l’équipe, peut-être ai-je été un peu loin, mais je conteste le fait que ce soit à la DRH de la mairie de faire un tel choix. Celui-ci est profondément politique. Lorsque Rochefort a employé un énergéticien et un technicien pour ces questions, il y a plus de 20 ans (permettant d’économiser environ 14 millions sur les dépenses publiques), je ne crois pas que cela ait été fait sur une initiative de la DRH… Si vous souhaitez mener une politique dans un domaine, vous vous dotez des moyens humains et matériels nécessaires. Ensuite à la DRH de choisir la bonne personne…
Concernant les taux 0, je crains de n’être pas capable de vous parler des implications concrètes (car je ne suis ni comptable, ni juriste). Cependant, cette mesure va dans le sens d’une des commission de suivi du Grenelle de l’environnement, qui recommande l’instauration de prêts à taux zero longue échéance pour la rénovation du bâti (rapport remis il y a 2 ou 3 semaines).

Concernant le lien que vous faîtes avec les potentialités de développement économique des secteurs d’activités durables, nous proposons la mise en place au sein de la CdC et en lien avec le Pays d’un service d’intelligence économique pour alimenter veille et prospective territoriale. Il s’agit notamment de soumettre aux entrepreneurs de l’appui et du conseil en matière de conjoncture et de potentialités locales. Je ne vous livre pas l’extrait mais vous propose de vous reporter à la rubrique développement économique tourisme et promotion de la ville. Nous y parlons aussi d’attractivité et d’accueil d’entreprise, et bien entendu de concertation avec les acteurs économiques locaux.

Concernant la mobilité, vos réflexions correspondent assez fidèlement aux nôtres. Vous remarquerez que notre programme joint côte à côte cette thématique avec celle de l’urbanisme. Le développement urbain de Saintes et des communes du bassin de vie pose très sérieusement question en termes de développement durable et même de durabilité pour notre territoire. La loi SRU, en lançant les SCOT, a souligné les liens forts entre les problématiques de mobilités et les formes urbaines. Notre conception d’un urbanisme d’excellence intègre très largement cette question et vous avez entièrement raison de souligner que ce sera un chantier complexe. C’est pourquoi nous voulons lancer un Plan de Déplacement Urbain (PDU) à partir duquel nous échafauderons la politique de Saintes en matière de transports. Quant à la place des vélos en ville : bien sûr qu’il faut aller plus loin. Là aussi nous le soulignons.

Ensuite, vous abordez l’information et la communication. Et je vous répond bien sûr ! Il faudra y consacrer des moyens. C’est d’ailleurs les réflexions d’Alice dans le cadre d’une autre rubrique de ce forum. Dans ce cadre, la politique des petits gestes constitue une raison de plus de vous rencontrer.

Tout à fait d’accord avec vous pour appuyer l’inscription du PRU dans le cadre de logement à haute qualité environnementale (HQE) et / ou à haute performance énergétique (HPE). Je sais que c’est prévu pour certains lots à venir, mais j’avoue disposer de peu d’information à ce sujet. Nous y serons très vigilants.

=> la norme HQE est mieux que rien mais c’est globalement un leurre. Elle correspond à ce qui devrait être minimum dans la construction de tout bâti, mais est loin d’être une norme « de pointe ». Je m’explique : pour être HQE, un bâtiment doit répondre à 7 exigence sur 14 (qui peuvent être par exemple : chantier à faible impact environnemental, confort olfactif, confort visuel, qualité sanitaire de l’eau, confort hygrothermique… pour prendre des critères certes intéressants mais qui relèvent du bon sens ou de l’action temporaire). L’éxigence énergétique, si elle est choisie, est très souple.
Donc au plan de l’analyse énergétique/émission de GES, un bâtiment HQE ne vaut presque rien. Il faut des objectifs bien plus ambitieux… bâtiments passifs (mois de 15 kWh par an et par mètre carré) ou à énergie positive.

Vous parlez d’une assemblée citoyenne. Je vous rappelle qu’un Conseil de Développement existe. D’ailleurs une de ses commissions travaille sur l’urbanisme et les mobilités dans le cadre des relations urbain – rural. Je vous en parle d’autant plus facilement que j’en ai été membre dès sa constitution. J’ai eu le plaisir d’y présider la commission évaluation des politiques publiques jusque récemment (je me suis mis en disponibilité pour cause électorale) et d’y être membre du Conseil d’Administration. J’y ai puisé nombre des propositions que je porte avec Saintes en mouvement. Pour revenir à nos orientations, je vous propose de consulter notre rubrique gouvernance et évaluation.

=> concernant le Conseil de développement, peut-être est-ce parce que je n’ai plus l’occasion de m’impliquer facilement dans la vie locale depuis que je suis parti faire mes études, mais je n’en avais pas connaissance… je ne peux donc pas répondre sur le sujet.

Pour conclure, je vous avoue que je n’ai pas fait les comptes pour évaluer notre « score » parmi les 75 mesures que vous proposez. Je vous invite a découvrir par vous-même à quel point notre programme est en phase avec les impératifs de développement durable. Je vous confesse tout de même que nous nous sommes, à Saintes en Mouvement, sentis très à l’aise à la lecture de votre rapport, et qu’à quelques propositions prêt, nous nous y sommes même assez fidèlement retrouvés. Mais loin de moi l’idée de faire de l’autosatisfaction. Je souhaite juste vous dire que Saintes en mouvement est riche de compétences et que nous disposons de personnes très au point sur ces questions et qui n’ont pas manqué d’alimenter notre programme pour inscrire Saintes et la Saintonge dans des dynamiques viables et raisonnées, et donc durables.

Faites le savoir…

Cordialement.

=> globalement, merci pour votre réponse détaillée, la première à m’être parvenu. De nombreux point me paraissent positifs : PDU, urbanisme durable, énergies renouvelables… Et je comprends que vous vous soyez « sentis à l’aise » à la lecture du rapport.

Mais je dois dire que je reste un peu sur ma faim. Non pas que vous ne fassiez pas de propositions concrètes : il y en a de nombreuses et intéressantes, même si certaines me paraissent un peu vagues. Mais que je ne vois pas d’objectif politique global de court, moyen ou long terme. Or, je crois que ces objectifs, comme les propositions concrètes, sont très importants afin de donner un repère, un cadre, et (oserais-je dire) un idéal !

Quels sont vos objectifs dans la réduction des émissions de GES ? sur 5 ans ? sur 30 ans ? Vous contenterez-vous de suivre la législation nationale et européenne ? ou bien souhaitez vous anticiper, afin de faire de Saintes soit l’une des premières villes en France à atteindre le « niveau facteur 4 » (atteignables en quelques mandatures) ?

Quels sont vos objectifs concernant la production énergétique locale ? Viserez-vous l’indépendance énergétique renouvelable (comme Perpignan vient de le décider pour l’électricité pour ses 200 000 habitants) ? ou vous contenterez-vous de saupoudrage sur les énergies renouvelables ?

Encore merci de l’attention que vous portez à cette action citoyenne.
Cordialement,
ToM

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Qui suis-je ?

Thomas Matagne, citoyen originaire de la ville de Saintes, actuellement à Paris pour mes études.

Etudiant à SciencesPo Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie (Paris 6) en master Sciences et Politiques de l'Environnement. Titulaire d'une licence de physique et du premier cycle de SciencesPo.

Membre co-fondateurs de deux association à vocation socio-économique (P.A.V.é.S) et environnementale (ecocampus).

Pour une politique énergétique locale durable

Les questions environnementales se sont démocratisées, ces quelques dernières années. Nous pouvons donc passer au développement durable, c'est à dire chercher à concilier à part égale économie, social et environnement, sans oublier la culture

L'objectif local : après l'organisation d'une conférence avec Pierre Radanne et l'écriture d'un rapport proposant une analyse globale et de nombreuses mesures concrètes (voir archives Saintes 2008), il s'agit de suivre l'action réelle de nos élus sur les questions du développement durable.

L'objectif global : mettre en lumière l'actualité du développement durable (rapports, décisions, négociations internationales...), en particulier par l'entrée des questions énergétiques. Faire des propositions, discuter le sujet.