L’énergie pour un nouveau développement, durable…

Actu transports : gratuité des transports en commun

Posted by: ToM on: septembre 6, 2008

L’ADEME et le bureau d’étude des transports et déplacements ont publié une étude en 2007 sur l’effet de la gratuité des transports en commun. Quels sont les impacts en termes de fréquentation et d’évolution des comportements ? En termes de coûts pour la collectivité ?… Les conclusions mettent en valeur l’intérêt de la gratuité totale des transports en commun.

Cette étude repose sur l’analyse de l’action de plusieurs villes qui sont passées à une tarification gratuite, pour des motivations diverses (réduire l’isolement des personnes âgées, dynamiser le centre ville, réduire les impacts environnementaux…).

En analysant l’action de la ville de Chateauroux, il a été montré que la gratuité a permis plus d’un doublement de la fréquentation du réseau de bus (voyages/hab/an) ainsi que le remplissage (nombre de voyageur/km).

La contrainte majeure pour instituer la gratuité dans les transports en commun est évidemment financière. Dans le cas de Chateauroux, le coût supplémentaire a été assumé par une amélioration de la gestion et par l’accroissement des versements publics dédiés aux transports en commun.

Attention ! Avant de crier à l’asphyxie des finances publiques, il est bon de regarder les chiffres de plus près. Toujours dans le cas de Châteauroux, les recettes tarifaires s’élevaient à 430 000€ pour un budget total de 3 000 000€. Une meilleure gestion a permis d’économiser 126 OOO€ ; le reste a été apporté par les pouvoirs publics, qui ont porté le taux de versement aux transports publics de 0,55% à 0,6%. Le budget est même passé nettement excédentaire.

Mais surtout, il est bon de rappeler que les villes consacrent un budget disproportionné pour les aménagements relatifs aux automobiles (en général de 80 à 90% de leur budget “transports”). Par exemple, la ville du Puy-en-Velay, 54 000 hab, consacre 21 000 000€ pour l’automobile. Les recettes liées à l’utilisation de l’automobile (stationnement payant) représentent seulement 3,5% de cette somme (760 000€). En revanche, 1 600 000€ sont consacrés aux transports en commun… couverts à 27% par les usagers (420 000€) ! (Chiffres 2001)

Pour en revenir aux évolutions à Châteauroux, la hausse de la fréquentation s’est accrue principalement par substitution de l’usage de la voiture. Ce qui a eu pour effet bénéfique une réduction de consommation de 90 tonnes de carburants en 2006, soit 122 600 litres d’essence en moins, soit 147 000€ (à 1,2 €/L) de dépenses reportées des carburants fossiles à d’autres budgets (et notamment pour l’économie locale). Cela représente également une réduction de 260 tonnes de CO2 (réchauffement climatique), 13 tonnes de CO (pollution locale), 5 tonnes de COV (pollution locale)… ces réductions ont à leur tour un effet bénéfique en termes économiques, bien qu’il soit très difficile à chiffrer, par la réduction de la pollution locale (réduction du “coût social” indirect de l’utilisation de l’essence).

Evidemment, la gratuité n’est pas le seul facteur qui détermine la fréquentation des transports en commun. Elle doit s’accompagner de mesures :

-de diffusion massive de l’information. Par exemple, par une distribution systématique des horaires des bus et des moyens d’utiliser les transports à la demande (TAD) dans tous les foyers.

-d’amélioration quantitative et qualitative des réseaux. En particulier, l’offre kilométrique du réseau a un très grand effet : plus le réseau est grand plus la fréquentation et le remplissage des bus est important. L’insertion des bus dans le système urbain est également importante (couloirs de bus en particulier).

Retrouvez l’ensemble de l’étude ici.

Localement durable fait peau neuve !

Posted by: ToM on: septembre 6, 2008

Après deux mois sans activité, ce blog refait peau neuve !

Changement de design, ajustement de la ligne éditoriale.

Concernant les articles relatifs à la vie locale de Saintes (Charente-Maritime), il s’agit désormais de suivre les actions engagées par la municipalité et la communauté de communes, ainsi que les initiatives locales, en cohérence avec la conférence organisée et le dossier écrit avant les élections municipales (voir la page archive pour retrouver tout cela).

A une échelle plus grande, j’ai toujours l’objectif de mettre en ligne des articles généraux, qui traient des questions de développement durable, en général en utilisant le point d’entrée “énergie” (rapports en France, ou internationaux, dispositions légales, initiatives…). Il s’agit également de proposer, de discuter pour s’approprier ces sujets. Car encore une fois, ces enjeux sont ceux de tous !

Et bien entendu, j’attends toujours vos réactions et suggestions…

A bientôt !

Autonomie énergétique

Posted by: ToM on: juin 23, 2008

Et un article de plus sur ce qui était perçu comme une “folie”, il fut un temps (et encore aujourd’hui encore…).

Le village qui vise l’autarcie énergétique

“Mir hunn energie !” Le slogan – “On a l’énergie !” - est partout, à Beckerich. Sur les façades, sur les documents officiels, dans la tête des concitoyens de Camille Gira, le député-maire écologiste. Ce quinquagénaire bouillonnant d’idées et de projets a fixé un objectif à sa commune rurale, dans l’ouest du grand-duché de Luxembourg : l’autarcie énergétique.

Donner aux 2 700 habitants la maîtrise de leur approvisionnement “au lieu de dépendre des cheiks arabes”, comme il le dit ? Il y a un quart de siècle que cet homme chaleureux, direct et patient y travaille, depuis qu’il est devenu le premier échevin (adjoint au maire), puis le bourgmestre de ce bourg rural, situé à un jet de pierre de la frontière belge.

En ces temps de forte hausse des prix de l’énergie, avec le litre de gasoil de chauffage qui au Grand-Duché atteint 0,90 euro – contre 0,30 euro il y a cinq ans -, Camille Gira n’est pas du genre à jubiler. Mais il sait qu’il a eu raison de développer, entre autres, un système de chauffage urbain à partir de la biométhanisation. Quelque 90 % des ménages de Beckerich y sont désormais connectés et économisent, chaque année, 500 euros par rapport à une consommation moyenne de gasoil.

“L’argent n’est évidemment pas le seul élément à prendre en compte, souligne le maire. Je suis soucieux des questions environnementales et sociales, mais j’ai appris à utiliser d’abord des arguments concrets. Puis à faire en sorte qu’une fois qu’ils ont adhéré, les citoyens n’aient plus aucun souci pratique.” Ainsi, s’ils signent un contrat de copropriété pour l’une des installations photovoltaïques des bâtiments communaux mises gratuitement à leur disposition, ils n’auront plus à se soucier de rien. Une régie publique gérera les intérêts et les formalités de ces petits producteurs indépendants d’énergie solaire.

Sur les hauteurs de la commune, Constant Kieffer n’est peu pas fier de montrer ce qu’il appelle “l’estomac de la vache”. Sourire en coin et oeil malicieux, le gérant de Biogaz n’aime rien plus qu’observer la tête des visiteurs lorsqu’ils découvrent, au travers d’un oeilleton, l’action des bactéries dans son digesteur. Lisier, déchets végétaux et huiles végétales sont versés dans cette énorme cuve couverte d’un dôme, un milieu porté à 38 oC et privé d’oxygène. Au bout de quarante jours, il en ressort du biogaz qui, brûlé, produira de l’électricité pour 700 ménages et de l’eau chaude pour le réseau de chauffage. Soit, 24 kilomètres de tuyaux qui entrent dans la maison et alimentent radiateurs et chauffe-eau. Les résidus serviront d’engrais.

Pour réaliser ce projet, Camille Gira a convaincu 19 agriculteurs de fonder une coopérative et d’investir 5 millions d’euros. Certains sont allés jusqu’à hypothéquer leur ferme, mais aucun ne formule de regret : le succès a dépassé leurs espérances. “Quand ils ont vu cette unité sortir de terre, les gens ont vraiment adhéré à nos projets”, dit Camille Gira.

Aujourd’hui, la demande dans la commune est telle que Biogaz ne suffit plus. Alors, un peu plus loin, une équipe d’ouvriers venus d’Autriche monte une chaudière haute de 30 mètres. Au mois d’octobre, elle brûlera des copeaux de bois qui fourniront de la chaleur. Le bois viendra des 700 hectares de forêts communales, dont 400 hectares appartenant à quelque 260 propriétaires privés. La mairie leur a proposé de vendre leurs terrains, ou de les échanger. Elle a aussi décidé d’instaurer des contrats de quinze ans, fondés sur le troc : les propriétaires pourront choisir de fournir du bois en échange d’une réduction proportionnelle de leur facture énergétique.

Christian Seidel, un habitant du village, a été l’un des premiers à croire aux projets d’énergie verte du maire. Il a payé 2 300 euros et troqué sa chaudière au gasoil contre un boîtier d’un mètre sur un dans lequel se fait l’échange entre l’eau chaude qui entre et l’eau froide qui sort. “Le réseau passait devant chez moi, le système ne nécessite ni entretien d’une chaudière ni nettoyage de la cheminée, et j’économise quelque 400 euros par an”, explique-t-il. Depuis, M. Seidel a, comme 10 % des habitants, installé des panneaux solaires aussi sur son toit.

“C’est vrai qu’on a cessé de nous prendre pour des fous”, commente discrètement Camille Gira. En 1995, adhérant au projet international Alliance pour le climat, il s’était engagé à réduire, à Beckerich, les émissions de gaz à effet de serre de 50 % à l’horizon 2010. L’objectif sera atteint. Et l’autarcie ? “2020, peut-être, mais l’important c’est l’objectif, pas la date”, soutient le maire. Il connaît les règles du marketing, et sait qu’en fixant un tel but à ses concitoyens, il entretient leur mobilisation.

Dans les années à venir, il leur promet un recours à l’énergie éolienne. Il les incite, à coups de primes, à renouveler leurs équipements ménagers – 38 euros pour l’achat d’un réfrigérateur basse consommation -, à rénover leurs habitations en les isolant mieux, à récupérer l’eau de pluie, etc. La consommation électrique des ménages de Beckerich a, en tout cas, baissé de 7 % par an depuis 1994, alors qu’elle augmente de 2 % à 3% dans le reste du pays.

Parce qu’elle sait qu’il faut, encore et toujours, donner l’exemple, la mairie applique partout ce qu’elle prône. A l’école d’Oberpallen, où les peintures sont minérales et les câbles électriques sans PVC. Au hall sportif, isolé grâce à un bois traité thermiquement pour le rendre durable. Dans la zone économique, où le bâtiment principal possède une ossature en bois, un triple vitrage et un puits canadien, système géothermique de chauffage et de ventilation. Au centre Dillendapp, qui accueille, hors des heures d’école, des enfants scolarisés pour permettre à leur mère de travailler librement, l’éclairage se règle automatiquement et l’air est constamment renouvelé.

D’une fenêtre de ce magnifique bâtiment, Camille Gira montre une autre de ses réalisations : un pan de forêt dégagé pour permettre à des hirondelles troglodytes, une espèce menacée, de continuer à nicher au sol. “Peut-être avons-nous tous déjà raté le train du changement climatique. Mais au moins aurai-je démontré qu’on peut changer une société, même si elle est réputée conservatrice”, conclut-il.

Jean-Pierre Stroobants

Dans son document “Perspectives des technologies à l’horizon 2050″ publié en juin, l’AIE expose différents scénarios relatifs à l’avenir énergétique de la planète tout en considérant les effets en terme d’émissions de gaz à effet de serre.

Ce document, destiné aux décideurs du G8 et à l’OCDE, donc aux pays les plus développés, reste assez conventionnel dans le sens où il se fonde sur une demande énergétique en continuelle accroissement. La demande est satisfaite grâce aux améliorations technologiques ; aucun changement de “paradigme” envisagé.

Mais même avec ces restrictions très conventionnelles, le document est intéressant.

Deux types de scénarios sont considérés : ACT et BLUE. Les premiers permettent de stabiliser les émissions de GES à un niveau constant par rapport à 2005 ; ils sont donc tout à fait insuffisants en terme de lutte contre le réchauffement climatique. Les seconds permettent de diviser par deux (ou plus) les émissions, comme recommandé par le GIEC. Ce sont donc ces seconds scénarios qui sont les plus intéressants…

La tâche à accomplir est qualifiée de “véritable gageure”. Quelques chiffres pour résumer les scénarios BLUE :

-chaque tonne de CO2 évitée coûtera jusqu’à 200 dollars (US) en cas de développement favorable des technologies et jusqu’à 500 dollars en cas de développement moins favorable.

-les investissements supplémentaires nécessaires s’élèvent à 45 000 Milliards de dollars d’ici 2050 ; soit 1 100 Milliards de dollars par an, c’est à dire le PIB de l’Italie. Il est à noter que les 1,1% du PIB qui seraient investis n’aboutiraient pas forcement à une réduction du PIB, puisque les investissements réalisés auront des effets positifs sur la croissance mondiale.

-réduction de la demande de pétrole de 27% par rapport à aujourd’hui.

-comment se répartissent les efforts ? Le schémas ci-dessous compare le scénario de référence de l’AIE (courbe noire en haut) et le scénario BLUE (courbe noire en bas). Les couleurs entre les deux courbes correspondent aux “évitements d’émission” réalisés pour passer du scénario de référence au scénario BLUE.

Petit commentaire :

si le nucléaire civil est développé (32 GW construits par an) dans ce scénario, il est bon de le comparer aux énergies renouvelables : le nucléaire produit 25% de l’électricité en 2050 et permet d’éviter 6% des émissions. Les énergies renouvelables produisent 46% de l’électricité et de réduire de 21% les émissions de CO2. Ce qui fait une efficacité d’évitement (part de réduction divisé par la part dans la production) de 0,24 pour le nucléaire et de 0,46 pour les énergies renouvelables.

Une preuve de plus (très officielle celle-là) que les assertions du type “les énergies renouvelables, elles n’ont pas le potentiels” ou “elles augmentent les émissions de GES car elles ne sont pas continues” sont de belles âneries.

Dans sa lettre ADEME et VOUS n°11, l’ADEME analyse l’évolution du poids du coût de l’énergie sur les revenus des ménages, en fonction du niveau de revenu, de la situation géographique. Il apparaît clairement que les énergies fossiles sont responsables d’une réduction nette et significative du pouvoir d’achat des ménages… et ce n’est pas fini.

Riches et pauvres : les inégalités s’accroissent

  • En 5 ans seulement (2001-2006), la part des dépenses énergétiques a augmenté de 4,7% pour les 20% des ménages les plus pauvres (appelé “quintile 01″ dans le graphique ci-dessous), passant de 10,2 à 14,9% des dépenses totales.
  • 80% des ménages sont touchés par cette augmentation, en pourcentage. Seuls les 20% des ménages les plus riches ont vu la part de leurs dépenses énergétiques diminuer (en pourcentage… ce qui est probablement dû à une augmentation de leurs revenus plus rapide que l’augmentation de leur dépenses énergétiques).

  • Il est nécessaire de préciser que cet indice objectif (analyse de la part des dépenses) ne représente pas totalement l’effet réel d’une telle augmentation pour les plus pauvres. En effet, 1€ quand on touche le smic n’a pas la même valeur que 1€ quand on gagne 10 fois le smic… car les premiers euros gagnés permettent de payer les dépenses indispensables : se loger, se nourrir. Le surplus (quand il y en a, c’est à dire pour les plus riches) est “en plus”, et permet de faire des dépenses supplémentaires non nécessaires. Autrement dit, pour une même augmentation des dépenses énergétiques, l’effet d’appauvrissement est beaucoup plus fort pour les plus pauvres que pour les plus riches.

Urbains et ruraux

  • Les ménages habitant en zones rurales ou semi-rurales dépensent nettement plus que ceux habitant en zones urbaines denses.
  • Le graphique est explicite…

Et ce n’est pas fini…

  • Entre 1996 et 2006, l’indice des combustibles fossiles a augmenté de 4,2% en euro constant (hors inflation). Et cela, avant la brusque montée du prix du baril de pétrole que nous connaissons depuis 8 mois.
  • En tenant compte de l’accroissement de l’efficacité énergétique, de l’augmentation du PIB mondial, de l’augmentation de la demande mondiale, de l’inflation mondiale (2% par an), l’ADEME estime qu’il est “envisageable que le prix des combustibles augmente à un rythme annuel proche de 3% par an en euro constant durant la prochaine décennie”. L’ADEME indique que les prix devraient ensuite “progresser de façon exponentielle“.
  • “Faute d’avoir réalisé des travaux de substitution et ou de rénovation substantiels, les ménages modestes pourraient être durement frappés par la hausse du prix des combustibles.”

Il y a donc urgence à agir

Un politique d’incitation à la rénovation urbaine et à l’introduction massive d’énergies renouvelables doit être une priorité absolue des collectivités locales… le péril est écologique mais aussi social (donc économique) !

(Pour ceux qui voudraient des idées de politiques à mener, je renvoie encore une fois à ce que j’ai déjà écrit dans le rapport)

Qui suis-je ?

Thomas Matagne, citoyen originaire de la ville de Saintes, actuellement à Paris pour mes études.

Etudiant à SciencesPo Paris et à l'Université Pierre et Marie Curie (Paris 6) en master Sciences et Politiques de l'Environnement. Titulaire d'une licence de physique et du premier cycle de SciencesPo.

Membre co-fondateurs de deux association à vocation socio-économique (P.A.V.é.S) et environnementale (ecocampus).

Pour une politique énergétique locale durable

Les questions environnementales se sont démocratisées, ces quelques dernières années. Nous pouvons donc passer au développement durable, c'est à dire chercher à concilier à part égale économie, social et environnement, sans oublier la culture

L'objectif local : après l'organisation d'une conférence avec Pierre Radanne et l'écriture d'un rapport proposant une analyse globale et de nombreuses mesures concrètes (voir archives Saintes 2008), il s'agit de suivre l'action réelle de nos élus sur les questions du développement durable.

L'objectif global : mettre en lumière l'actualité du développement durable (rapports, décisions, négociations internationales...), en particulier par l'entrée des questions énergétiques. Faire des propositions, discuter le sujet.