Posted by: ToM on: septembre 6, 2008
Après deux mois sans activité, ce blog refait peau neuve !
Changement de design, ajustement de la ligne éditoriale.
Concernant les articles relatifs à la vie locale de Saintes (Charente-Maritime), il s’agit désormais de suivre les actions engagées par la municipalité et la communauté de communes, ainsi que les initiatives locales, en cohérence avec la conférence organisée et le dossier écrit avant les élections municipales (voir la page archive pour retrouver tout cela).
A une échelle plus grande, j’ai toujours l’objectif de mettre en ligne des articles généraux, qui traient des questions de développement durable, en général en utilisant le point d’entrée “énergie” (rapports en France, ou internationaux, dispositions légales, initiatives…). Il s’agit également de proposer, de discuter pour s’approprier ces sujets. Car encore une fois, ces enjeux sont ceux de tous !
Et bien entendu, j’attends toujours vos réactions et suggestions…
A bientôt !
Posted by: ToM on: juin 23, 2008
Et un article de plus sur ce qui était perçu comme une “folie”, il fut un temps (et encore aujourd’hui encore…).
“Mir hunn energie !” Le slogan – “On a l’énergie !” - est partout, à Beckerich. Sur les façades, sur les documents officiels, dans la tête des concitoyens de Camille Gira, le député-maire écologiste. Ce quinquagénaire bouillonnant d’idées et de projets a fixé un objectif à sa commune rurale, dans l’ouest du grand-duché de Luxembourg : l’autarcie énergétique.
Donner aux 2 700 habitants la maîtrise de leur approvisionnement “au lieu de dépendre des cheiks arabes”, comme il le dit ? Il y a un quart de siècle que cet homme chaleureux, direct et patient y travaille, depuis qu’il est devenu le premier échevin (adjoint au maire), puis le bourgmestre de ce bourg rural, situé à un jet de pierre de la frontière belge.
En ces temps de forte hausse des prix de l’énergie, avec le litre de gasoil de chauffage qui au Grand-Duché atteint 0,90 euro – contre 0,30 euro il y a cinq ans -, Camille Gira n’est pas du genre à jubiler. Mais il sait qu’il a eu raison de développer, entre autres, un système de chauffage urbain à partir de la biométhanisation. Quelque 90 % des ménages de Beckerich y sont désormais connectés et économisent, chaque année, 500 euros par rapport à une consommation moyenne de gasoil.
“L’argent n’est évidemment pas le seul élément à prendre en compte, souligne le maire. Je suis soucieux des questions environnementales et sociales, mais j’ai appris à utiliser d’abord des arguments concrets. Puis à faire en sorte qu’une fois qu’ils ont adhéré, les citoyens n’aient plus aucun souci pratique.” Ainsi, s’ils signent un contrat de copropriété pour l’une des installations photovoltaïques des bâtiments communaux mises gratuitement à leur disposition, ils n’auront plus à se soucier de rien. Une régie publique gérera les intérêts et les formalités de ces petits producteurs indépendants d’énergie solaire.
Sur les hauteurs de la commune, Constant Kieffer n’est peu pas fier de montrer ce qu’il appelle “l’estomac de la vache”. Sourire en coin et oeil malicieux, le gérant de Biogaz n’aime rien plus qu’observer la tête des visiteurs lorsqu’ils découvrent, au travers d’un oeilleton, l’action des bactéries dans son digesteur. Lisier, déchets végétaux et huiles végétales sont versés dans cette énorme cuve couverte d’un dôme, un milieu porté à 38 oC et privé d’oxygène. Au bout de quarante jours, il en ressort du biogaz qui, brûlé, produira de l’électricité pour 700 ménages et de l’eau chaude pour le réseau de chauffage. Soit, 24 kilomètres de tuyaux qui entrent dans la maison et alimentent radiateurs et chauffe-eau. Les résidus serviront d’engrais.
Pour réaliser ce projet, Camille Gira a convaincu 19 agriculteurs de fonder une coopérative et d’investir 5 millions d’euros. Certains sont allés jusqu’à hypothéquer leur ferme, mais aucun ne formule de regret : le succès a dépassé leurs espérances. “Quand ils ont vu cette unité sortir de terre, les gens ont vraiment adhéré à nos projets”, dit Camille Gira.
Aujourd’hui, la demande dans la commune est telle que Biogaz ne suffit plus. Alors, un peu plus loin, une équipe d’ouvriers venus d’Autriche monte une chaudière haute de 30 mètres. Au mois d’octobre, elle brûlera des copeaux de bois qui fourniront de la chaleur. Le bois viendra des 700 hectares de forêts communales, dont 400 hectares appartenant à quelque 260 propriétaires privés. La mairie leur a proposé de vendre leurs terrains, ou de les échanger. Elle a aussi décidé d’instaurer des contrats de quinze ans, fondés sur le troc : les propriétaires pourront choisir de fournir du bois en échange d’une réduction proportionnelle de leur facture énergétique.
Christian Seidel, un habitant du village, a été l’un des premiers à croire aux projets d’énergie verte du maire. Il a payé 2 300 euros et troqué sa chaudière au gasoil contre un boîtier d’un mètre sur un dans lequel se fait l’échange entre l’eau chaude qui entre et l’eau froide qui sort. “Le réseau passait devant chez moi, le système ne nécessite ni entretien d’une chaudière ni nettoyage de la cheminée, et j’économise quelque 400 euros par an”, explique-t-il. Depuis, M. Seidel a, comme 10 % des habitants, installé des panneaux solaires aussi sur son toit.
“C’est vrai qu’on a cessé de nous prendre pour des fous”, commente discrètement Camille Gira. En 1995, adhérant au projet international Alliance pour le climat, il s’était engagé à réduire, à Beckerich, les émissions de gaz à effet de serre de 50 % à l’horizon 2010. L’objectif sera atteint. Et l’autarcie ? “2020, peut-être, mais l’important c’est l’objectif, pas la date”, soutient le maire. Il connaît les règles du marketing, et sait qu’en fixant un tel but à ses concitoyens, il entretient leur mobilisation.
Dans les années à venir, il leur promet un recours à l’énergie éolienne. Il les incite, à coups de primes, à renouveler leurs équipements ménagers – 38 euros pour l’achat d’un réfrigérateur basse consommation -, à rénover leurs habitations en les isolant mieux, à récupérer l’eau de pluie, etc. La consommation électrique des ménages de Beckerich a, en tout cas, baissé de 7 % par an depuis 1994, alors qu’elle augmente de 2 % à 3% dans le reste du pays.
Parce qu’elle sait qu’il faut, encore et toujours, donner l’exemple, la mairie applique partout ce qu’elle prône. A l’école d’Oberpallen, où les peintures sont minérales et les câbles électriques sans PVC. Au hall sportif, isolé grâce à un bois traité thermiquement pour le rendre durable. Dans la zone économique, où le bâtiment principal possède une ossature en bois, un triple vitrage et un puits canadien, système géothermique de chauffage et de ventilation. Au centre Dillendapp, qui accueille, hors des heures d’école, des enfants scolarisés pour permettre à leur mère de travailler librement, l’éclairage se règle automatiquement et l’air est constamment renouvelé.
D’une fenêtre de ce magnifique bâtiment, Camille Gira montre une autre de ses réalisations : un pan de forêt dégagé pour permettre à des hirondelles troglodytes, une espèce menacée, de continuer à nicher au sol. “Peut-être avons-nous tous déjà raté le train du changement climatique. Mais au moins aurai-je démontré qu’on peut changer une société, même si elle est réputée conservatrice”, conclut-il.
Posted by: ToM on: juin 8, 2008
Dans son document “Perspectives des technologies à l’horizon 2050″ publié en juin, l’AIE expose différents scénarios relatifs à l’avenir énergétique de la planète tout en considérant les effets en terme d’émissions de gaz à effet de serre.
Ce document, destiné aux décideurs du G8 et à l’OCDE, donc aux pays les plus développés, reste assez conventionnel dans le sens où il se fonde sur une demande énergétique en continuelle accroissement. La demande est satisfaite grâce aux améliorations technologiques ; aucun changement de “paradigme” envisagé.
Mais même avec ces restrictions très conventionnelles, le document est intéressant.
Deux types de scénarios sont considérés : ACT et BLUE. Les premiers permettent de stabiliser les émissions de GES à un niveau constant par rapport à 2005 ; ils sont donc tout à fait insuffisants en terme de lutte contre le réchauffement climatique. Les seconds permettent de diviser par deux (ou plus) les émissions, comme recommandé par le GIEC. Ce sont donc ces seconds scénarios qui sont les plus intéressants…
La tâche à accomplir est qualifiée de “véritable gageure”. Quelques chiffres pour résumer les scénarios BLUE :
-chaque tonne de CO2 évitée coûtera jusqu’à 200 dollars (US) en cas de développement favorable des technologies et jusqu’à 500 dollars en cas de développement moins favorable.
-les investissements supplémentaires nécessaires s’élèvent à 45 000 Milliards de dollars d’ici 2050 ; soit 1 100 Milliards de dollars par an, c’est à dire le PIB de l’Italie. Il est à noter que les 1,1% du PIB qui seraient investis n’aboutiraient pas forcement à une réduction du PIB, puisque les investissements réalisés auront des effets positifs sur la croissance mondiale.
-réduction de la demande de pétrole de 27% par rapport à aujourd’hui.
-comment se répartissent les efforts ? Le schémas ci-dessous compare le scénario de référence de l’AIE (courbe noire en haut) et le scénario BLUE (courbe noire en bas). Les couleurs entre les deux courbes correspondent aux “évitements d’émission” réalisés pour passer du scénario de référence au scénario BLUE.
Petit commentaire :
si le nucléaire civil est développé (32 GW construits par an) dans ce scénario, il est bon de le comparer aux énergies renouvelables : le nucléaire produit 25% de l’électricité en 2050 et permet d’éviter 6% des émissions. Les énergies renouvelables produisent 46% de l’électricité et de réduire de 21% les émissions de CO2. Ce qui fait une efficacité d’évitement (part de réduction divisé par la part dans la production) de 0,24 pour le nucléaire et de 0,46 pour les énergies renouvelables.
Une preuve de plus (très officielle celle-là) que les assertions du type “les énergies renouvelables, elles n’ont pas le potentiels” ou “elles augmentent les émissions de GES car elles ne sont pas continues” sont de belles âneries.