Autonomie énergétique

Et un article de plus sur ce qui était perçu comme une “folie”, il fut un temps (et encore aujourd’hui encore…).

Le village qui vise l’autarcie énergétique

“Mir hunn energie !” Le slogan - “On a l’énergie !” - est partout, à Beckerich. Sur les façades, sur les documents officiels, dans la tête des concitoyens de Camille Gira, le député-maire écologiste. Ce quinquagénaire bouillonnant d’idées et de projets a fixé un objectif à sa commune rurale, dans l’ouest du grand-duché de Luxembourg : l’autarcie énergétique.

Donner aux 2 700 habitants la maîtrise de leur approvisionnement “au lieu de dépendre des cheiks arabes”, comme il le dit ? Il y a un quart de siècle que cet homme chaleureux, direct et patient y travaille, depuis qu’il est devenu le premier échevin (adjoint au maire), puis le bourgmestre de ce bourg rural, situé à un jet de pierre de la frontière belge.

En ces temps de forte hausse des prix de l’énergie, avec le litre de gasoil de chauffage qui au Grand-Duché atteint 0,90 euro - contre 0,30 euro il y a cinq ans -, Camille Gira n’est pas du genre à jubiler. Mais il sait qu’il a eu raison de développer, entre autres, un système de chauffage urbain à partir de la biométhanisation. Quelque 90 % des ménages de Beckerich y sont désormais connectés et économisent, chaque année, 500 euros par rapport à une consommation moyenne de gasoil.

“L’argent n’est évidemment pas le seul élément à prendre en compte, souligne le maire. Je suis soucieux des questions environnementales et sociales, mais j’ai appris à utiliser d’abord des arguments concrets. Puis à faire en sorte qu’une fois qu’ils ont adhéré, les citoyens n’aient plus aucun souci pratique.” Ainsi, s’ils signent un contrat de copropriété pour l’une des installations photovoltaïques des bâtiments communaux mises gratuitement à leur disposition, ils n’auront plus à se soucier de rien. Une régie publique gérera les intérêts et les formalités de ces petits producteurs indépendants d’énergie solaire.

Sur les hauteurs de la commune, Constant Kieffer n’est peu pas fier de montrer ce qu’il appelle “l’estomac de la vache”. Sourire en coin et oeil malicieux, le gérant de Biogaz n’aime rien plus qu’observer la tête des visiteurs lorsqu’ils découvrent, au travers d’un oeilleton, l’action des bactéries dans son digesteur. Lisier, déchets végétaux et huiles végétales sont versés dans cette énorme cuve couverte d’un dôme, un milieu porté à 38 oC et privé d’oxygène. Au bout de quarante jours, il en ressort du biogaz qui, brûlé, produira de l’électricité pour 700 ménages et de l’eau chaude pour le réseau de chauffage. Soit, 24 kilomètres de tuyaux qui entrent dans la maison et alimentent radiateurs et chauffe-eau. Les résidus serviront d’engrais.

Pour réaliser ce projet, Camille Gira a convaincu 19 agriculteurs de fonder une coopérative et d’investir 5 millions d’euros. Certains sont allés jusqu’à hypothéquer leur ferme, mais aucun ne formule de regret : le succès a dépassé leurs espérances. “Quand ils ont vu cette unité sortir de terre, les gens ont vraiment adhéré à nos projets”, dit Camille Gira.

Aujourd’hui, la demande dans la commune est telle que Biogaz ne suffit plus. Alors, un peu plus loin, une équipe d’ouvriers venus d’Autriche monte une chaudière haute de 30 mètres. Au mois d’octobre, elle brûlera des copeaux de bois qui fourniront de la chaleur. Le bois viendra des 700 hectares de forêts communales, dont 400 hectares appartenant à quelque 260 propriétaires privés. La mairie leur a proposé de vendre leurs terrains, ou de les échanger. Elle a aussi décidé d’instaurer des contrats de quinze ans, fondés sur le troc : les propriétaires pourront choisir de fournir du bois en échange d’une réduction proportionnelle de leur facture énergétique.

Christian Seidel, un habitant du village, a été l’un des premiers à croire aux projets d’énergie verte du maire. Il a payé 2 300 euros et troqué sa chaudière au gasoil contre un boîtier d’un mètre sur un dans lequel se fait l’échange entre l’eau chaude qui entre et l’eau froide qui sort. “Le réseau passait devant chez moi, le système ne nécessite ni entretien d’une chaudière ni nettoyage de la cheminée, et j’économise quelque 400 euros par an”, explique-t-il. Depuis, M. Seidel a, comme 10 % des habitants, installé des panneaux solaires aussi sur son toit.

“C’est vrai qu’on a cessé de nous prendre pour des fous”, commente discrètement Camille Gira. En 1995, adhérant au projet international Alliance pour le climat, il s’était engagé à réduire, à Beckerich, les émissions de gaz à effet de serre de 50 % à l’horizon 2010. L’objectif sera atteint. Et l’autarcie ? “2020, peut-être, mais l’important c’est l’objectif, pas la date”, soutient le maire. Il connaît les règles du marketing, et sait qu’en fixant un tel but à ses concitoyens, il entretient leur mobilisation.

Dans les années à venir, il leur promet un recours à l’énergie éolienne. Il les incite, à coups de primes, à renouveler leurs équipements ménagers - 38 euros pour l’achat d’un réfrigérateur basse consommation -, à rénover leurs habitations en les isolant mieux, à récupérer l’eau de pluie, etc. La consommation électrique des ménages de Beckerich a, en tout cas, baissé de 7 % par an depuis 1994, alors qu’elle augmente de 2 % à 3% dans le reste du pays.

Parce qu’elle sait qu’il faut, encore et toujours, donner l’exemple, la mairie applique partout ce qu’elle prône. A l’école d’Oberpallen, où les peintures sont minérales et les câbles électriques sans PVC. Au hall sportif, isolé grâce à un bois traité thermiquement pour le rendre durable. Dans la zone économique, où le bâtiment principal possède une ossature en bois, un triple vitrage et un puits canadien, système géothermique de chauffage et de ventilation. Au centre Dillendapp, qui accueille, hors des heures d’école, des enfants scolarisés pour permettre à leur mère de travailler librement, l’éclairage se règle automatiquement et l’air est constamment renouvelé.

D’une fenêtre de ce magnifique bâtiment, Camille Gira montre une autre de ses réalisations : un pan de forêt dégagé pour permettre à des hirondelles troglodytes, une espèce menacée, de continuer à nicher au sol. “Peut-être avons-nous tous déjà raté le train du changement climatique. Mais au moins aurai-je démontré qu’on peut changer une société, même si elle est réputée conservatrice”, conclut-il.

Jean-Pierre Stroobants

Actu Energie : l’AIE appelle à une “révolution technologique”

Dans son document “Perspectives des technologies à l’horizon 2050″ publié en juin, l’AIE expose différents scénarios relatifs à l’avenir énergétique de la planète tout en considérant les effets en terme d’émissions de gaz à effet de serre.

Ce document, destiné aux décideurs du G8 et à l’OCDE, donc aux pays les plus développés, reste assez conventionnel dans le sens où il se fonde sur une demande énergétique en continuelle accroissement. La demande est satisfaite grâce aux améliorations technologiques ; aucun changement de “paradigme” envisagé.

Mais même avec ces restrictions très conventionnelles, le document est intéressant.

Deux types de scénarios sont considérés : ACT et BLUE. Les premiers permettent de stabiliser les émissions de GES à un niveau constant par rapport à 2005 ; ils sont donc tout à fait insuffisants en terme de lutte contre le réchauffement climatique. Les seconds permettent de diviser par deux (ou plus) les émissions, comme recommandé par le GIEC. Ce sont donc ces seconds scénarios qui sont les plus intéressants…

La tâche à accomplir est qualifiée de “véritable gageure”. Quelques chiffres pour résumer les scénarios BLUE :

-chaque tonne de CO2 évitée coûtera jusqu’à 200 dollars (US) en cas de développement favorable des technologies et jusqu’à 500 dollars en cas de développement moins favorable.

-les investissements supplémentaires nécessaires s’élèvent à 45 000 Milliards de dollars d’ici 2050 ; soit 1 100 Milliards de dollars par an, c’est à dire le PIB de l’Italie. Il est à noter que les 1,1% du PIB qui seraient investis n’aboutiraient pas forcement à une réduction du PIB, puisque les investissements réalisés auront des effets positifs sur la croissance mondiale.

-réduction de la demande de pétrole de 27% par rapport à aujourd’hui.

-comment se répartissent les efforts ? Le schémas ci-dessous compare le scénario de référence de l’AIE (courbe noire en haut) et le scénario BLUE (courbe noire en bas). Les couleurs entre les deux courbes correspondent aux “évitements d’émission” réalisés pour passer du scénario de référence au scénario BLUE.

Petit commentaire :

si le nucléaire civil est développé (32 GW construits par an) dans ce scénario, il est bon de le comparer aux énergies renouvelables : le nucléaire produit 25% de l’électricité en 2050 et permet d’éviter 6% des émissions. Les énergies renouvelables produisent 46% de l’électricité et de réduire de 21% les émissions de CO2. Ce qui fait une efficacité d’évitement (part de réduction divisé par la part dans la production) de 0,24 pour le nucléaire et de 0,46 pour les énergies renouvelables.

Une preuve de plus (très officielle celle-là) que les assertions du type “les énergies renouvelables, elles n’ont pas le potentiels” ou “elles augmentent les émissions de GES car elles ne sont pas continues” sont de belles âneries.

Actu Energie et Social : réduction du pouvoir d’achat, la faute aux énergies fossiles

Dans sa lettre ADEME et VOUS n°11, l’ADEME analyse l’évolution du poids du coût de l’énergie sur les revenus des ménages, en fonction du niveau de revenu, de la situation géographique. Il apparaît clairement que les énergies fossiles sont responsables d’une réduction nette et significative du pouvoir d’achat des ménages… et ce n’est pas fini.

Riches et pauvres : les inégalités s’accroissent

  • En 5 ans seulement (2001-2006), la part des dépenses énergétiques a augmenté de 4,7% pour les 20% des ménages les plus pauvres (appelé “quintile 01″ dans le graphique ci-dessous), passant de 10,2 à 14,9% des dépenses totales.
  • 80% des ménages sont touchés par cette augmentation, en pourcentage. Seuls les 20% des ménages les plus riches ont vu la part de leurs dépenses énergétiques diminuer (en pourcentage… ce qui est probablement dû à une augmentation de leurs revenus plus rapide que l’augmentation de leur dépenses énergétiques).

  • Il est nécessaire de préciser que cet indice objectif (analyse de la part des dépenses) ne représente pas totalement l’effet réel d’une telle augmentation pour les plus pauvres. En effet, 1€ quand on touche le smic n’a pas la même valeur que 1€ quand on gagne 10 fois le smic… car les premiers euros gagnés permettent de payer les dépenses indispensables : se loger, se nourrir. Le surplus (quand il y en a, c’est à dire pour les plus riches) est “en plus”, et permet de faire des dépenses supplémentaires non nécessaires. Autrement dit, pour une même augmentation des dépenses énergétiques, l’effet d’appauvrissement est beaucoup plus fort pour les plus pauvres que pour les plus riches.

Urbains et ruraux

  • Les ménages habitant en zones rurales ou semi-rurales dépensent nettement plus que ceux habitant en zones urbaines denses.
  • Le graphique est explicite…

Et ce n’est pas fini…

  • Entre 1996 et 2006, l’indice des combustibles fossiles a augmenté de 4,2% en euro constant (hors inflation). Et cela, avant la brusque montée du prix du baril de pétrole que nous connaissons depuis 8 mois.
  • En tenant compte de l’accroissement de l’efficacité énergétique, de l’augmentation du PIB mondial, de l’augmentation de la demande mondiale, de l’inflation mondiale (2% par an), l’ADEME estime qu’il est “envisageable que le prix des combustibles augmente à un rythme annuel proche de 3% par an en euro constant durant la prochaine décennie”. L’ADEME indique que les prix devraient ensuite “progresser de façon exponentielle“.
  • “Faute d’avoir réalisé des travaux de substitution et ou de rénovation substantiels, les ménages modestes pourraient être durement frappés par la hausse du prix des combustibles.”

Il y a donc urgence à agir

Un politique d’incitation à la rénovation urbaine et à l’introduction massive d’énergies renouvelables doit être une priorité absolue des collectivités locales… le péril est écologique mais aussi social (donc économique) !

(Pour ceux qui voudraient des idées de politiques à mener, je renvoie encore une fois à ce que j’ai déjà écrit dans le rapport)

Actu Energie : photovoltaïque

Voici un article de Libé fort intéressant sur la société Solaire Direct :

Mais alors ça marche l’électricité solaire ? Assez, en tout cas, pour qu’une jeune PME comme Solaire Direct embauche dix personnes par mois et prévoit une progression de son chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros en 2007 à 50 millions en 2008 et 190 en 2009… Longtemps cantonné au rang de parent pauvre des énergies renouvelables - «les rendements sont nuls, ça ne fonctionne pas la nuit», entend-on couramment… -, le solaire commence à attirer les investisseurs et le grand public.

Entre un coût de l’énergie qui flambe, une technologie qui s’améliore et les obligations européennes en matière de renouvelables, l’horizon s’éclaircit pour la filière. Et un coup d’œil aux pays voisins, Allemagne en tête, permet de mesurer le retard français. En 2007, en France, le marché du photovoltaïque a grimpé de 200 %. Facile quand on part de pas grand-chose. Et les projets se multiplient. Dernier en date, GDF a lancé la semaine dernière une offre de services sur l’énergie solaire avec proposition de diagnostic gratuit et conseils de mise en œuvre.

Zéro euro au départ. Car la complexité de l’installation (travaux, démarches) et son coût freinent souvent les bonnes volontés. C’est justement la carte de la simplification que joue Solaire Direct, qui se présente comme «le premier opérateur d’électricité photovoltaïque en France» : «En plus de l’installation, nous nous occupons du financement et de l’exploitation, vante son président Thierry Lepercq. L’objectif, c’est que l’électricité solaire soit accessible à tous, que ce qui est un parcours du combattant ne le soit plus et que ce soit une bonne affaire.» Développé en partenariat avec la Caisse d’épargne, le package est en effet alléchant : zéro euro à débourser au départ et un revenu net dès la première année.

Par quel tour de passe-passe ? Pour une installation de 18 000 euros, Solaire Direct négocie le prêt, calqué sur la durée du contrat, en général quinze ans. Au bout d’un an, le crédit d’impôt en rembourse une partie (de 4 000 à 8 000 euros). Ensuite, le système génère en principe 1 800 euros par an (dans le Sud de la France), en revendant l’électricité à EDF. Là-dessus, 700 euros remboursent le prêt et 400 paient les frais de gestion et d’assurance. Restent 700 euros, soit à peu près une facture d’électricité annuelle. «Une sorte de microfinancement», résume Solaire Direct qui se paie sur le prix de l’équipement et sur les frais d’exploitation.

Région moins ensoleillée. Réglementation oblige, le particulier reste client d’un fournisseur d’électricité traditionnel : 100 % de l’électricité produite par vos panneaux solaires est revendue à EDF, à un «tarif de rachat» bien supérieur au prix du marché (55 centimes du kwh). Et vous rachetez ensuite 100 % de votre électricité à un fournisseur (EDF ou un de ses concurrents), au prix normal (11 centimes du kwh en moyenne). D’où la culbute…

Solaire Direct, qui n’a pour l’instant lancé son offre que dans le Sud-Est, concède que la rentabilité du système peut être réduite d’au moins un tiers en Ile-de-France, moins ensoleillée. Et ne veut pas à terme rester dépendant de ces tarifs de rachat réglementés : «Notre objectif, c’est de faire du kilowattheure à prix de marché dans le sud de la France en 2011», avance Thierry Lepercq. La société, dont le capital appartient pour un tiers aux fondateurs et deux tiers à des actionnaires (Caisse des dépôts, Schneider Electric, TechFund), annonce en ce moment 120 dossiers par mois. Vu la jeunesse de l’offre et le temps d’installation, démarches comprises (cinq mois en moyenne pour un dossier), il est encore un peu tôt pour évaluer les résultats sur le terrain. En tout cas, voyant les géants du secteur fondre sur ce marché en devenir, le patron de Solaire Direct espère que son modèle lui assurera sa place au soleil : «Le fait d’avoir de l’avance nous donne une légitimité.»

Et si on montait un système comme celui-là mais sous forme de coopérative ?

Actu conférence : enregistrement audio

L’enregistrement de la conférence de Pierre Radanne est disponible sur ce site. Bientot des extraits vidéo…

(Désolé pour la lenteur de la mise en ligne… je fais au mieux !)

Actu Environnement : l’OCDE publie ses perspectives sur l’environnement à l’horizon 2030

L’OCDE (bien connue pour sa tendance hippie-anarcho-écolo) vient de publier son rapport sur les perspectives environnementales à l’horizon 2030. Le résumé (15 pages) ressemble beaucoup à celui qu’a publié le PNUE il y a quelques mois ou aux rapports du GIEC : il y a urgence à agir, le coût de l’inaction est plus important que le coût de l’action.
La lecture de ce nième rapport alarmant ne doit pas nous plomber le moral, mais nous donner une raison supplémentaire d’aller de l’avant, dès aujourd’hui !
Voici ci dessous quelques morceaux choisis de la synthèse :

Dans la mesure où les
investissements dans les infrastructures énergétiques « verrouilleront » les technologies, les
besoins en matière de combustibles et les émissions connexes dans les années à venir, un
cadre d’action approprié est désormais nécessaire afin de promouvoir les sources d’énergie
renouvelables (…) Il est urgent de promouvoir
des mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports et de la
production d’électricité qui soient d’un bon rapport coût-efficacité

Investir dans la rénovation des batiments et dans les énergies renouvelables est écologiquement important… mais se justifie principalement par des impératifs économiques : de toute façon, ces investissements devront être réalisés. Donc plus on le fait tôt, plus la rentabilisation est importante !

Le prix des
transports reflète rarement l’intégralité de leurs coûts sociaux et environnementaux, ce qui se
traduit par une utilisation excessive et par des choix peu judicieux quant au mode de
transport à utiliser. La tarification des transports devrait tenir pleinement compte du coût des
atteintes à l’environnement et à la santé, par exemple par le biais de la fiscalité des carburants
(y compris la suppression des exonérations fiscales) et de la tarification routière. (…)
L’offre, la fréquence et la sécurité des transports publics devraient être renforcés, afin de
fournir une solution de remplacement viable aux voitures.
C’est la mobilité et l’accès qui doivent être assurés, non le « transport » proprement dit.

Autrement dit : oui, le coût des transports va encore augmenter (nouveau record du prix du baril de pétrole à Paris aujourd’hui : 105 dollars) et c’est logique. On peut même dire que c’est souhaitable pour la communauté à long terme. Mais évidemment les conséquences sociales sont importantes et lourdes. A nous de faire évoluer notre société en permettant l’épanouissement de chacun sans la nécessité de se déplacer autant que nous le faisons aujourd’hui ou avec moins besoin de ressources ! Et là-dessus, les pouvoirs locaux ont un rôle très important à jouer dès aujourd’hui. J’ai fait quelques propositions

Les Perspectives de l’environnement de l’OCDE démontrent que les solutions aux problèmes
d’environnement sont à la fois économiquement rationnelles et technologiquement réalisables. À
longue échéance, les coûts d’une action précoce sont bien inférieurs à ceux d’un report de l’action ;
plus nous agirons tôt, plus la tâche sera aisée et moins elle sera coûteuse. Les responsables de
l’élaboration des politiques, les entreprises et les consommateurs doivent tous jouer leur rôle dans la
mise en oeuvre des réformes ambitieuses qui permettront d’obtenir les améliorations de
l’environnement les plus efficaces par rapport aux coûts. De cette façon, les générations futures auront
la possibilité de choisir elles-mêmes les moyens d’améliorer leur bien-être.

Aller, on garde le moral, on va s’en sortir…

Conférence : ce que j’aurais dit…

Lundi 25, les candidats avaient une tribune libre de 4 minutes pour présenter leur projet relatif aux enjeux énergétiques et climatiques… J’ai été déçu par la plupart des positions, très générales, peu appliquées et peu ambitieuses. On nous a reproché que 4 minutes c’était trop court. C’est vrai, c’est court. Mais déjà, c’était une contrainte matérielle que nous aurions souhaité ne pas avoir. Et surtout, quand on prépare un peu ce qu’on va raconter, il est possible d’en dire des choses…

Alors voila ce que j’aurais dit, si j’avais eu l’honneur d’être à la place des candidats :

 

Chers Saintais,
Pour se projeter dans l’avenir, pour construire notre futur, nous avons tous besoin d’avoir des projets. Et les projets n’ont de sens que s’ils visent un objectif, un idéal. Nous proposons le développement durable comme cet idéal : garantir le développement de notre génération et des générations futures en conciliant économie, social et environnement.

Pour entrer dans une société durable, les questions énergétiques sont idéales, car elles touchent tous à tout moment.

Si nous sommes élus voici notre double objectif concret :
-réduire les émissions de gaz à effet de serre de 15% en 6 années
-amorcer le virage qui permettra à la région de Saintes d’être autonome en énergie (hors transports) en moins de 20 ans.

L’autonomie énergétique a des avantages environnementaux indéniables oblige à faire appel aux énergies renouvelables. Les énergies renouvelables sont l’occasion de dynamiser l’économie locale en réintégrant des richesses qui sinon s’envolent chaque mois pour régler les factures émises par les magnats du pétrole. Ceci a donc pour effet direct d’accroître le pouvoir d’achat local à moyen terme.

La recherche d’autonomie n’est pas une utopie, elle a déjà été réalisée dans plusieurs ville.

Alors comment faire ?

-Nous lancerons établirons un Plan Climat et un Agenda 21.
-Nous tisserons des liens avec d’autres collectivités (participation à la « Convention des maires », adhésion au réseau Energie-cié…).
Nous créerons un service municipal transversal chargé de l’environnement doté d’agents à hautes compétences, le bras armé de notre action. Le servie réalisera notamment les Bilans Carbone, pour la ville mais aussi pour les entreprises et éventuellement les particuliers.

1. Pour réduire la consommation énergétique et les émissions de GES, nous mettrons en place :

  • Concernant les transports :

-un Plan de Déplacement Urbain
-des Plans de Déplacements en Entreprises en fédérant les TPE/PME
-accentuation de l’offre de transport en commun avec réduction des coûts d’abonnement
-de nouveaux transports alternatifs : auto-partage, transports en communs couplés à la livraison, transports à la demande, un plan de développement du covoiturage…
-nous accentuerons la politique de commerces de proximité et de filières courtes
-nous accentuerons l’offre publique de nouveaux moyens de communication…

  • Concernant les bâtiments, nous mettrons en place :

-des formations aux professionnels du bâtiment (priorité entre toutes)
-par l’intermédiaire de la politique d’attribution des permis de construire/rénover, nous encouragerons la densification urbaine ainsi que les rénovations et constructions respectant des normes de pointe au plan environnementales

2. Pour produire de l’énergie,

  • un côté nous faciliterons l’offre :

-nous attirerons de jeunes entreprises par une évaluation du marché, par de la communication, ainsi que par des investissements publics massifs dans les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments
-nous aiderons les entreprises locales à faire évoluer leur activité pour plus de respect de l’environnement

  • De l’autre côté, nous aiderons la demande afin d’offrir des débouchés aux entreprises :

-aides financières remboursables
-informations gratuites et aides administratives

3. Au niveau de la collectivité,
-nous structurerons une filière locale bois-énergie et une filière de méthanisation
-tous les nouveaux bâtiments communaux et tout bâtiment rénové seront à énergie positive
-nous améliorerons le réseau d’éclairage public.

L’ensemble de ses mesures est tout à fait réalisable et représente des investissements rentabilisés en quelques années.

Il s’agit pour les pouvoirs publics d’actionner des leviers économiques et de les utiliser à des fins sociales et environnementales.

Nous sommes une petite ville, proche de la campagne, comme il en existe des milliers dans le monde. Si nous réalisons une mutation vers un développement réellement durable, cela prouve qu’une grande partie de l’humanité peut le faire également… A nous de tracer le chemin, ensemble et dès demain.

Ils en parlent…

Sur Ecopolit.eu, Jonathan Morice propose une analyse des dispositifs financiers pour économiser l’énergie ; il y reprend notamment une idée que j’ai émise dans le rapport…

Actu Energie : les Certificats d’Economies d’Energie

Alors que le baril de pétrole bat encore des records (103 dollars hier à New-York) marquant ainsi la valorisation économique de l’énergie du fait de sa raréfaction, il est nécessaire de créer de nouveaux systèmes financiers qui permettent de valoriser ce que l’on ne consomme pas. En effet, dans un système classique, les fournisseurs d’énergie (EDF, GDF, Véolia-énergie etc.) ont tout intérêt à ce que leurs consommateurs consomment toujours plus… Dans ce cas, intérêts économiques et intérêts environnementaux s’affrontent. Comme on ne peut pas changer les intérêts environnementaux, il faut inverser les intérêts économiques afin qu’ils aillent dans un sens commun.

C’est ce à quoi servent les certificats d’économies d’énergie (CEE) que la France met actuellement en place comme l’ont fait d’autres pays. C’est une alliance du dirigisme étatique et du libéralisme de marché. Certaines entreprises sont contraintes à faire faire des économies à leurs clients (des objectifs chiffrés leurs sont assignés en fonction de leur taille, de la situation géographique etc.) et elles reçoivent un certificat pour chaque économie réalisée (réception du certificat a posteriori, pour garantir l’efficacité environnementale du système). Ensuite, les entreprises peuvent se vendre les certificats mutuellement : ainsi, une valeur environnementale est transformées en valeur économique. Plus une entreprise fait faire des économies à ses clients, plus elle peut vendre de certificats à ses concurrents… qui eux sont pénalisés s’ils ne mettent pas en place une démarche similaire(ils sont obligés d’acheter des certificats). Ce dispositif est tout à fait similaire au système européens des permis d’émission (voir sur ce sujet l’article de Jonathan Morice et ma réponse).

D’autres acteurs (communautés publiques, entreprises non obligées…) peuvent participer volontairement, c’est à dire que leur sont attribués des certificats suite à la réalisation d’économies. Ils peuvent ensuite revendre ces certificats à des entreprises soumises à objectifs. C’est ce qu’ont fait la ville de Blois et la communauté d’agglomération de Bordeaux. Et à Saintes, on s’y met quand ?

Pour plus d’info, lire l’excellente lettre de l’ADEME : “Ademe et vous” n°10.

(J’essaie d’actualiser ce blog dès que je peux… Notamment à venir : quelques commentaires après la conférence, d’autres infos, la conférence en audio et peut-être en vidéo…)

Conférence avec P. Radanne : photos et rediffusion

Rediffusions

RCF, radio associative partenaire de la conférence, va diffuser sur son antenne :

* Interview de Pierre Radanne le vendredi 28 mars dans le journal local à 12h00 et 18h45
* A propos de la conférence dans l’émission de Yves Grosset-Grange “Défi énergie 17″
1ère partie le lundi 3 mars à 19h30 et le mercredi 5 mars à 11h30
2ème partie le lundi 10 mars à 19h30 et le mercredi 12 mars à 11h30
* Diffusion de la conférence (45mn) dans Echo 17 le jeudi 13 mars à 20h00 et le dimanche 16 mars à 10h15
Vous pouvez écouter ces émissions sur les fréquences
90.5 à Saintes
88.0 à Royan
95.5 à La Rochelle
88.1 à St Jean d’Angély

ou sur Internet aux mêmes horaires (pas de podcast) sur notre site Internet www.rcf.fr et en cliquant ensuite sur La Rochelle

ou en cliquant directement sur http://www.rcf.fr/rubrique.php3?id_rubrique=42

Photos

Des photos de la conférence sont consultable (et achetables) sur le site de Michèle Blanc. (Ci-dessous quelques vignettes…)